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Une
brève histoire de la Bibliophilie,
ou l'Art et la nécessité.
Le
Poète a écrit: "le buste survit à la Cité",
mais justement, il a "écrit". Depuis le IIIè
millénaire av. J.-C. , toutes les civilisations ont laissé trace
de leur existence, que ce soit sur la pierre ou l'argile puis sur le bois, le
papyrus, le parchemin et enfin le papier. Au IVè siecle av J.C., pour
conserver ce témoignage,
Ptolémée
1er successeur d'Alexandre Le Grand, fonda la
Grande
Bibliothèque d'Alexandrie. Ses fils
Ptolémée
II Philadelphe et surtout
Ptolémée
III Evergète en firent le joyau rayonnant de la culture
grecque au siècle suivant.
Les
plus grands esprits du temps furent nommés pour classer cette véritable
mémoire de l'humanité. Le plus fameux d'entre eux,
Callimaque,
inventa une méthode de classement systématique connue sous le nom
de Pinakès (tableaux), encore utilisée aujourd'hui. Parmi ces oeuvres figurait l'édition
originale des trois tragiques grecs Eschyle, Sophocle et Euripide, si précieuse
que
Ptolémée
III préféra payer un lourd tribut à Athènes
plutôt que de s'en séparer. Parce qu'un grand Roi avait distingué
ce livre et non un autre, parce qu'au delà de son contenu il lui avait
reconnu une valeur intrinsèque, la Bibliophilie était née. Durant toute l'Antiquité et le
Moyen-Age, le livre était manuscrit, et de ce fait réservé à
une élite de Nobles, de hauts Dignitaires de l'Eglise et aux Monastères.
Pendant toute cette période, l'histoire de la Bibliophilie se confond
alors avec celle du Livre tout court. L' invention au XVè siécle
de l'imprimerie à caractères mobiles par
Gutenberg
rend soudain le livre reproductible à loisir. La transmission des
connaissances explose alors durant la Renaissance. La Bibliophilie demeure
cependant le témoignage manuscrit des grands textes juqu'au milieu du
XVIè siècle. Elle évolue toutefois peu à
peu vers la recherche d'éditions originales, parfois illustrées de
frontispices par de grands peintres et réalisées avec le plus
grand soin. Ainsi, l'édition du théâtre de Racine avec
bandeaux de Poussin. A la fin du XIXè siècle
marquée par la révolution industrielle, la qualité du
livre se détériore en raison des nouvelles techniques de
composition mécanique et de l'apparition de nouveaux papiers à
base de pâte de bois. Ce recul ne convient évidemment pas aux
amateurs de beaux livres. En Angleterre d'abord, en France ensuite, ils créent
donc de petites sociétés pour éditer leurs propres
ouvrages. La Bibliophilie retrouve ainsi les différents papiers pur
chiffon, la mise en page à la main et les caractères au plomb.
Chaque édition est numérotée et le tirage ne dépasse
guère les 300 exemplaires. Au début du XXè siècle,
le marchand de tableaux
Ambroise
Vollard demande au peintre Bonnard d'illustrer de lithographies originales
le "Parallèlement" de Verlaine, créant ainsi le "livre
de peintre", toujours tiré à un petit nombre d'exemplaires
numérotés. Les plus grands tels Picasso, Dufy, Chagall, Vlaminck
... contribuèrent ainsi à ce dialogue entre la Poésie et la
Peinture. La Bibliophilie moderne venait de naître. Le besoin impérieux du Beau Livre,
recherché, édité et célébré pour sa
valeur artistique et émotionnelle intrinsèque, ne devait plus s'éteindre.
A l'aube du troisième millénaire, la Bibliophilie demeure, perpétuée
par des sociétés telles que les
Editions
Carrés d'Art, et le Livre envisage sereinement l'avenir, non pas
simple réservoir de connaissances ou réceptacle d'un Art de Vivre,
mais Art de Vivre en lui-même. |
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